Comment préparer son terrain de construction face aux changements climatiques ?

Les changements climatiques ne sont plus une hypothèse lointaine : ils transforment concrètement la manière dont nous devons concevoir et construire nos habitations.

En Belgique, les épisodes de pluies intenses et les périodes de sécheresse imposent une réflexion approfondie dès la phase de préparation du terrain. Un terrain mal préparé, c’est un risque d’infiltrations ou d’affaissements.

Vous souhaitez faire construire ou agrandir votre maison ? Anticipez et découvrez les bonnes pratiques/solutions techniques pour adapter votre terrain aux réalités climatiques d’aujourd’hui et de demain.

Quelles sont les étapes essentielles d’une préparation de terrain ?

L’étude de sol

Avant toute chose, faire réaliser une étude géotechnique est indispensable. Cette analyse permet d’identifier la nature du sol (argileux, sableux, limoneux), sa capacité portante, la présence éventuelle de nappes phréatiques et les risques de mouvements de terrain.

Bien que cette étude ne soit pas toujours obligatoire pour les constructions individuelles, elle représente une sécurité majeure. Elle permet de dimensionner correctement les fondations et d’anticiper les besoins en drainage. Face aux changements climatiques, cette étude doit également inclure une évaluation du risque d’inondation et du comportement du sol en cas de variations hydriques importantes.

Le terrassement et le nivellement

Le terrassement consiste à modeler le terrain pour qu’il soit apte à recevoir la construction. Cette étape doit être pensée pour favoriser l’écoulement naturel des eaux.

Les principes à respecter incluent :

  • Créer une pente minimale de 2 à 3 % autour du bâtiment pour éloigner les eaux de pluie des fondations.
  • Éviter de créer des cuvettes ou des zones de stagnation d’eau.
  • Préserver ou recréer des zones d’infiltration pour permettre à l’eau de s’évacuer progressivement.

Dans certains cas, il peut être nécessaire de rehausser légèrement le niveau de construction par rapport au terrain naturel, notamment dans les zones à risque d’inondation. Cette surélévation, même modeste (30 à 50 cm), peut faire toute la différence lors d’un épisode pluvieux intense.

Le drainage périphérique

Le drainage périphérique consiste à installer un système de collecte et d’évacuation des eaux autour des fondations. Traditionnellement recommandé pour les sous-sols, il peut également être utile pour toutes les constructions, même sans cave.

Un système de drainage efficace comprend :

  • Des drains perforés disposés en périphérie des fondations, à leur base.
  • Un lit de gravier drainant qui entoure les drains.
  • Une pente constante vers un point d’évacuation (réseau d’égouttage, puits perdant ou zone d’infiltration).
  • Un géotextile pour éviter le colmatage des drains par les particules fines.

La gestion des eaux de ruissellement

Les eaux de ruissellement provenant des surfaces imperméabilisées (toitures, allées, terrasses) doivent être gérées de manière écologique et responsable. Face aux pics de précipitations, le simple rejet dans l’égout communal n’est parfois pas suffisant et peut même être limité par certaines communes.

Les solutions alternatives incluent :

  • Les citernes de récupération d’eau de pluie, obligatoires dans certaines régions pour les nouvelles constructions
  • Les puits d’infiltration qui permettent aux eaux de s’écouler progressivement dans le sol
  • Les noues paysagères, des fossés végétalisés qui ralentissent et filtrent les eaux de pluie
  • Les surfaces perméables pour les allées et parkings (pavés gazon, graviers stabilisés)

Ces aménagements présentent un double avantage : ils réduisent la pression sur les réseaux d’égouttage lors des orages et permettent de recharger les nappes phréatiques pendant les périodes sèches.

Quelles solutions végétales pour stabiliser et protéger son terrain ?

La végétalisation : un allié contre l’érosion

L’érosion des sols devient un problème en évolution avec l’intensification des pluies. Un terrain nu, fraîchement terrassé, est particulièrement vulnérable. La terre peut être emportée vers les points bas, les fossés ou les propriétés voisines, créant des dégâts parfois importants.

La végétalisation rapide des talus et des zones non construites permet de :

  • Stabiliser le sol grâce au système racinaire des plantes.
  • Ralentir le ruissellement en augmentant la rugosité de surface.
  • Favoriser l’infiltration de l’eau dans le sol.
  • Créer un microclimat plus favorable autour de l’habitation.

Les mélanges de graminées et de légumineuses sont particulièrement efficaces pour un enracinement rapide. Dans les zones de forte pente, des techniques comme le semis hydraulique ou la pose de géotextiles biodégradables peuvent être nécessaires.

Choisir les bonnes essences autour de la maison

Si la végétation est bénéfique, certaines précautions doivent être prises concernant les arbres et arbustes. Les racines d’arbres de grande taille peuvent assécher le sol sur plusieurs mètres et créer des problèmes de retrait-gonflement.

Les règles de base :

  • Planter les arbres à feuilles caduques à une distance minimale équivalente à leur hauteur adulte.
  • Les résineux peuvent être plus proches, mais jamais à moins de 3 mètres des fondations.
  • Privilégier des arbustes à système racinaire limité près de la construction.
  • Prévoir un arrosage régulier en période sèche pour maintenir une humidité constante du sol.

Les haies mixtes composées d’essences variées présentent un bon compromis : elles protègent du vent, limitent le ruissellement tout en ayant un impact modéré sur le sol.

Les nouvelles exigences PEB et leur impact sur le terrain

Les réglementations en matière de performance énergétique des bâtiments (PEB) se durcissent progressivement. Pour respecter ces normes, certains choix doivent être faits dès la préparation du terrain :

  • Prévoir une épaisseur suffisante de remblais isolants sous la dalle (isolation par le sol).
  • Anticiper l’installation d’une ventilation mécanique double flux avec ses gaines.
  • Positionner la construction pour minimiser les ponts thermiques avec le sol.

Un terrain bien préparé facilite grandement l’atteinte des objectifs PEB et peut même permettre de viser des labels supérieurs (maison passive, bâtiment à énergie positive) qui valorisent le bien immobilier.

Quels sont les risques à éviter absolument lors de la préparation du terrain ?

Ne pas négliger l’évacuation des eaux en cas de fortes pluies

L’erreur la plus fréquente consiste à sous-estimer la quantité d’eau qui peut s’écouler lors d’un orage violent. Avec des précipitations qui peuvent atteindre 50 à 80 mm en quelques heures, les systèmes de drainage sous-dimensionnés sont rapidement saturés.

Les conséquences peuvent être graves :

  • Inondation du sous-sol ou du vide sanitaire
  • Déstabilisation des fondations par affouillement
  • Dégâts chez les voisins en contrebas avec responsabilité civile engagée

Pour éviter ces problèmes, il est essentiel de :

  • Réaliser une étude hydraulique du terrain si celui-ci présente des pentes ou des zones de concentration d’eau.
  • Prévoir des dispositifs de surverse pour les épisodes exceptionnels.
  • Ne jamais obstruer les écoulements naturels présents sur le terrain.

Respecter la réglementation sur les remblais et déblais

La modification du relief naturel d’un terrain est soumise à réglementation. Des remblais trop importants peuvent nécessiter un permis d’urbanisme et doivent respecter certaines règles :

  • Utilisation de matériaux sains (pas de déchets, pas de matériaux pollués).
  • Respect des distances par rapport aux limites de propriété.
  • Prise en compte de l’impact sur l’écoulement des eaux pour les terrains voisins.

Les déblais excédentaires doivent être évacués vers des centres agréés. Le stockage sauvage de terres peut entraîner des sanctions et des obligations de remise en état coûteuses.

Comment choisir le bon professionnel pour préparer son terrain ?

Les critères de sélection d’une entreprise de terrassement

La préparation du terrain est une phase critique qui conditionne la réussite de tout le projet. Le choix de l’entrepreneur ne doit pas se faire uniquement sur le prix. Plusieurs critères méritent attention :

  • L’expérience dans la région et la connaissance des sols locaux
  • La maîtrise des techniques de drainage et de gestion des eaux
  • La capacité à réaliser une étude préalable sérieuse
  • Les assurances professionnelles adéquates (responsabilité civile, garantie décennale)
  • Les références vérifiables sur des chantiers similaires

Un bon professionnel prendra le temps d’analyser le terrain avant de proposer un devis.

L’importance d’une bonne coordination entre corps de métier

La préparation du terrain implique souvent plusieurs intervenants : terrassier, géomètre, bureau d’études sol, entreprise de drainage, paysagiste. Une coordination efficace entre ces acteurs est essentielle.

Idéalement, cette coordination est assurée par :

  • Un architecte qui pilote l’ensemble du projet
  • Un coordinateur de chantier dédié pour les projets importants
  • Des réunions de chantier régulières pour anticiper les problèmes

Cette organisation permet d’éviter les erreurs de communication, les reprises de travaux et les conflits sur les responsabilités.

Quand faire appel à un bureau d’études spécialisé ?

Pour des terrains présentant des particularités (forte pente, sol argileux, zone inondable, présence d’eau souterraine), l’intervention d’un bureau d’études en géotechnique et hydraulique est fortement recommandée.

Ces spécialistes apportent :

  • Une analyse précise des caractéristiques du sol
  • Des recommandations sur le type de fondations à privilégier
  • Le dimensionnement des systèmes de drainage
  • Des solutions pour gérer les risques spécifiques du terrain

Le coût de cette expertise (généralement entre 1 500 et 3 000 euros pour une maison individuelle) est un investissement qui peut éviter des désordres bien plus coûteux par la suite.

Préparer son terrain, c’est investir dans la durabilité de sa construction

La préparation du terrain n’est plus une simple formalité administrative ou technique. Elle devient un enjeu majeur de durabilité pour votre future construction.

Faire appel à des professionnels compétents, réaliser les études nécessaires et ne pas chercher à économiser sur les aspects fondamentaux sont les clés d’une construction sereine et durable.

Votre terrain est la fondation de votre projet. Prenez le temps de bien le préparer : c’est la garantie d’un investissement réussi pour les décennies à venir.